Risibles amours

Category: Livres,Folio,Auteurs de A à Z

Risibles amours Details

Nouvelle édition revue par l'auteur [1986]

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Kundera disait aussi qu'il avait trouvé sa vocation d'écrivain en écrivant ces nouvelles qui sont « le point de départ de toute son entreprise romanesque». Les thèmes principaux y annoncent d'ailleurs les grands thèmes des romans suivants.Le titre, « Risibles amours », résume bien ce décalage qu'il observe entre l'idée de l'amour que le mensonge romantique lie toujours au sérieux, et le constat que « ...l'aventure amoureuse était dérisoire, faite de hasards et d'erreurs, dépourvue de sérieux et de sens ». Ce décalage, l'auteur le montre aussi entre le sérieux avec lequel ses personnages se représentent eux-mêmes, et les pitreries dans lesquelles ils s'embarquent malgré eux, comme « imposées de l'extérieur ; qu'elles ne les caractérisent en aucune manière ; qu'ils ne sont nullement responsables de leurs cours étrange ; qu'elles les entrainent, étant elles mêmes dirigées on ne sait d'où par on ne sait quelles forces étrangères.» Pourquoi se prêtent-ils à un jeu dont les règles et la finalité leur échappent? Parce qu'« il se disait que tous ces gens qu'il côtoyait n'étaient que des êtres aux attitudes interchangeables, sans substance solide ; mais ce qui est pire, c'est qu'il n'est que lui-même l'ombre des ces personnages-ombres, car il épuisait toutes les ressources de son intelligence dans le seul dessein de s'adapter à eux et de les imiter' ». Même si l'amour est aliénant, ses personnages ne peuvent se passer d'exister à travers le regard des autres.Dans « Les Testaments trahis » Kundera disait ; « la seule chose que je désirais alors profondément, avidement, c'était un regard lucide et désabusé. Je l'ai trouvé enfin dans l'art du roman. » C'est donc lorsqu'on adopte vis-à-vis de soi-même ce regard lucide et désabusé qui est le sien qu'on arrive à se retirer du jeu. Le thème du retrait du jeu sera plus tard repris dans « L'insoutenable légèreté de l'être », quand Kundera définira la folie de Nietzsche, comme un retrait du monde : « Cela se passait en 1889 et Nietzsche s'était déjà éloigné, lui aussi, des hommes'Et c'est ce Nietzsche-là que j'aime, de même que j'aime Tereza'Je les vois tous les deux côte à côte : ils s'écartent tous les deux de la route où l'humanité, maître et possesseur de la nature, poursuit sa marche en avant. » Le retrait du jeu, ou la distance prise par rapport à la situation, est également présente dans la forme narrative, avec des effets rhétoriques comme ; « Réfléchissons un instant' » qui ont pour effet d'immobiliser l'action et d'enclencher un autre mode de narration, celui de la distanciation.

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